Trois prêtres incarcérés dans les souterrains de St-Lambert

12 octobre 2012

Au commencement de mars 1793 au moment où les débris de l’armée de la république française battue à Attenhoven, repassait par Liège, trois malheureux prêtres français qui s’étaient émigrés dans cette ville furent arrêtés par leurs compatriotes et condamnés à être fusillés. Pendant vingt quatre heures ils furent incarcérés dans les souterrains situés, sous l’horloge de St.-Lambert; là ils purent compter non seulement les heures mais même les minutes qui leur restaient, la vie leur échappait ainsi goutte à goutte, et ces innocentes victimes seconde par seconde, se sentaient poussés par la main du temps vers l’éternité.

L’heure fatale ayant sonné, ces infortunées victimes furent fusillées et leurs corps jetés dans les fossés des prisons de St.-Léonard.

Par une coïncidence assez particulière, ce fut peu de jours après ce déplorable événement qu’on cessa d’entendre sonner les cloches et l’horloge de St.-Lambert, alors l’aiguille devenue immobile sur son cadran ne tint plus compte du temps qui s’écoulait ; elle semblait se refuser à marquer un présent qui contrastait d’une manière trop pénible avec tant d’heures heureuses, que pendant de longues années elle avait indiquées aux Liégeois.

Essai historique sur l’ancienne Cathédrale de St-Lambert à Liége.., Xavier van den Steen de Jehay (baron), Liège, 1846

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La fête de la Cour-du-coucou à Polleur

20 septembre 2012

C’est à Polleur que, le dimanche après le 15 août, se célébrait la fameuse fête de la Cour-du-coucou qui attirait un concours prodigieux de monde.

Les justiciers s’assemblaient chez leur président ouchefmarguillier, dans le principal cabaret de l’endroit, dont la maison était près du pont qui sépare la commune de Polleur de celle du Sart. C’était sur ce pont que le tribunal marotique tenait ses séances, où devaient comparoir les maris trompés, battus par leurs femmes ou trop débonnaires, et tous ceux qui étaient entachés d’un ridicule quelconque. Là s’établissaient les plaidoyers les plus burlesques; les étrangers eux-mêmes qui y assistaient comme simples auditeurs étaient interpellés par des demandes ou des apostrophes souvent obscènes qui provoquaient le rire de la multitude. Les prétendus délinquants étaient condamnés à payer une amende dont le cabaret profitait, ou parfois à monter dans une charette que Ton faisait marcher à reculons, jusqu’au bord d’une mare à fumier dans laquelle ils étaient versés. Enfin, pour terminer dignement la fête, on jetait dans le ruisseau le dernier marié du village.

A cette cérémonie présidait l’image de la Bête de Staneux; c’est un tableau peint sur toile, représentant une sorte de Centaure, moitié femme et moitié cheval, avec une queue de lion. La tête est ornée de longs cheveux : le haut de la poitrine présente la conformation d’une personne du sexe bien développée, ayant des bras et des mains. De la gauche elle tient un arc, et de la droite une flèche. Ce tableau était exposé à la vue des curieux dans un cabaret de l’endroit; il n’a cessé de figurer en public qu’en 1789, lorsque la fête de la Cour-dû-coucou a été supprimée. De temps immémorial, il était soigneusement conservé dans l’église paroissiale; c’est seulement depuis 60 ans que le curé l’en a fait sortir, de même qu’une statue en bois, grossièrement taillée, qui occupait une place dans le parvis de l’église; cette dernière a été mise au feu *.

Quelle était cette bête de Staneux dont l’origine est inconnue et qui peut-être remonte au temps des druides? Selon l’opinion la plus accréditée, qui est aussi celle du savant archéologue, M. Dethier, on avait voulu représenter sous cette forme la déesse des Ardennes. Quoi qu’il en soit, les habitants de Polleur prétendent que la cérémonie de la fête de la Cour-du-coucou, à laquelle figurait le tableau du Centaure, se pratiquait en commémoration de la victoire que leurs ancêtres avaient remportée sur un monstre qui séjournait jadis dans la forêt de Staneux et qui désolait toute la contrée: victoire qui leur avait donné des droits dans la forêt voisine.

Promenades historiques dans le pays de Liége, Volume 2, Jean Pierre Paul Bovy, Liège, 1839


Ernest pose la première pierre du pont des Jésuites

12 septembre 2012

Le Pont des Jésuites est du Règne du Prince Erneste. Ce Prince y mit la première pierre le 12 juin de 1597 , en présence des deux Bourguemestres. On ne traversoit avant ce tems-là ce bras de la Meuse que par Batteau, encore faloit-il faire le tour d’une partie de la Ville.

L’évenement qui donna occasion à la construction de ce Pont, étant assez rare, on a crû devoir lui donner ici place.

Un Chanoine de S. Martin, nommé Militis, aiant eu quelque dispute au passage de la Rivière avec celui qui y étoit préposé pour le service du Public , il en eut une telle mortification & s’offensa jusqu’à ce point , que de présenter au Magistrat sept mille florins Brabans pour construire un Pont sur ce bras de la Meuse, qui servît de communication au Quartier de l’ile.

Le Magistrat profita de cette offre avantageuse , & le Sérénissime Prince Erneste de Bavière fournit le reste : ce qui fit que ce Pont fut d’abord nommé Pont de Bavière; nom qui s’est changé du depuis en celui des jesuites , à raison qu’il aboutit à l’Eglise de ces Pères.

Recueil heraldique des bourguemestres de la noble cité de Liège…, Louis Abry,Jean G. Loyens, Liège, 1720


Liège réclame la possession de Bouillon

5 septembre 2012

Le duché de Bouillon dépendant autrefois du comté d’Ardennes à titre de seigneurie, & situé dans la forêt de ce nom. Lors du partage de la monarchie, il se trouva compris dans le royaume d’Austrasie, & après bien des vicissitudes il passa au pouvoir de l’église de Liège, qui le posséda jusqu’en 1483 , tems auquel il fut donné en engagement à Guillaume de la Marck & à ses successeurs les ducs de Bouillon qui eurent à ce sujet de longs débats à soutenir. Les évêques de Liège en réclamèrent la possession, & l’obtinrent enfin par convention de 1641, au moyen d’une somme de 150000 florins de Brabant qui fut payée à Frédéric Maurice de la Tour alors duc de Bouillon. Mais l’évêque de Liège ayant pris partie contre la France en 1671, l’armée françoise s’empara de Bouillon en 1676, &le roi, deux ans après, fit don de cette principauté à Geofroy Maurice de la Tour son grand chambellan, pour en jouir avec ses descendants, sous sa protection, à titre de duché souverain. Ce petit état renferme 20 paroisses ou communautés.

Geographie universelle traduite de l’Allemand, Volume 4, Anton Friedrich Büsching, Strasbourg, 1788