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Du développement de l’industrie dans la province de Liège au début du 19è siècle

16 novembre 2007

« Veut-on la preuve la plus irrécusable du développement de l’industrie dans la province? Qu’on consulte les tables des autorisations qui ont été accordées, conformément aux lois et arrêtés sur la matière, pour la création d’établissements industriels de toute nature. En compulsant ces tables, depuis 1825 jusqu’en 1845, nous avons trouvé qu’on avait autorisé:

1° de 1828 à 1844: 50 Fabriques de draps ;
2° — 1826 — 1843 : 28 Fours à chaux;
3
° — 1855 — 1842: 4 Fourneaux à raffiner le plomb et l’étain ;
4° — 1826 — 1843
: 49 Briqueteries, pour la plupart permanentes;
5° — 1824 — 1843
: 42 Distilleries de genièvre et d’eau-de-vie indigène;
6° — 1827 — 1841
: 3 Magasins à poudre ;
7° — 1834
: 2 Fabriques de chapeaux ;
8° — 1826 — 1842
: 12 Raffineries de sel ;
9° — 1826 — 1842
: 24 Savonneries;
10
° — 1824 — 1842: 18 Brasseries;
11
° — 1828 — 1844: 8 Fabriques de chandelles;
12
° — 1824 — 1838: 4 Fabriques de colle ;
13° — 1826 — 1838
: 39 Fabriques de tuiles, de briques réfractaires et de poteries ;
14
° — 1825 — 1834 : 10 Teintureries;
15
° — 1828 — 1840: 17 Filatures de laine, de tin et de coton ;
16
° — 1825 — 1843 : 91 Fonderies de métaux (fer, plomb, cuivre, etc.);
17
° — 1833 — 1841 : 8 Fabriques de gaz;
18
° — 1824 — 1843 : 36 Moulins à vent ou à vapeur pour les grains, les bois de couleur, l’huile, etc.;
19
° — 1839 — 1843 : 3 Scieries;
20
° — 1830 — 1842 : 5 Usines;
21° — 1827 — 1841
: 5 Fabriques de chaudières;
22
° — 1839 — 1843: 2 Sociétés de hauts fourneaux (Seraing et Sclessin) ;
23° — 1823 — 1842
: 5 Ateliers de construction;
24° — 1833 — 1840
: 6 Fabriques de vinaigre;
25
° — 1834 — 1859 : 5 id. d’armes , de canons de fusils ;
26° — 1838 — 1841
: 3 Papeteries;
27
° 1838 : 5 Fabriques de cordes de boyaux ;
28
° 1842 : 2 id. d’épingles;

Liège Linière St-Léonard
29° — 1827 — 1837
: 2 Martinets.
30° 1838
: 1 Fabriques de sucre de betterave ;
31
° 1836 : 1 Atelier d’horlogerie ;
32° 1834
: 1 fabrique de toile cirée et visières ;
33° 1838
: 46 Fours à coke;
34° — 1838 — 1841
: 2 Lavoirs de minerais;
35
° — 1836 — 1842 : 2 Fabriques de cordes;
36° — 1854 — 1842
: 5 Serrureries;
37° — 1839 — 1840
: 1 Verrerie et plusieurs fours à verreries ;
38° — 1825 — 1828
: 3 Fabriques de céruse et de produits chimiques;
39° 1841
: 2 Fours à plâtre;
40
° Plus deux fabriques de tuyaux de métal ; une de gants ; une d’allumettes phosphoriques ; une de chicorée; une de noir animal et d’hydrochlorate d’ammoniaque ; une chaudronnerie ; deux laminoirs pour zinc ; un atelier pour la fabrication de la gélatine et du suif; une fabrique de cire à cacheter et de crayons ; une de potasse ; une de cartons; une de quincailleries; une de poudrette inodore; une de poêles; une tannerie ; un atelier de menuiserie ; une fabrique de fer étamé; des métiers à polir ; un four à réverbère ; une fabrique de tabacs ; un laminoir pour fer, etc., en tout 23 établissements qui, réunis à ceux qui précèdent, donnent 568 établissements industriels nouveaux, sujets à une autorisation préalable, créés dans l’espace de vingt années.

Dans le même laps de temps on a accordé l’autorisation de placer 278 machines à vapeur, soit dans ces établissements , soit dans d’autres qui existaient antérieurement, et dans lesquels on employait d’autres forces motrices.  »

Enquête sur la condition des classes ouvrières et sur le travail des enfants, Ministère de l’intérieur, Belgique, 1846

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Victor Hugo et l’industrie Liégeoise

23 août 2007

liege_consuitedeaux_fonderie_b.jpg« Cependant le soir vient, le vent tombe, les prés, les buissons et les arbres se taisent, on n’entend plus que le bruit de l’eau. L’intérieur des maisons s’éclaire vaguement ; les objets s’effacent comme dans une fumée ; les voyageurs bâillent à qui mieux mieux dans la voiture en disant : nous serons à Liège dans une heure. C’est dans ce moment-là que le paysage prend tout à coup un aspect extraordinaire. Là-bas, dans les futaies, au pied des collines brunes et velues de l’occident, deux rondes prunelles de feu éclatent et resplendissent comme des yeux de tigre. Ici, au bord de la route, voici un effrayant chandelier de quatre-vingts pieds de haut qui flambe dans le paysage et qui jette sur les rochers, les forêts et les ravins, des réverbérations sinistres. Plus loin, à l’entrée de cette vallée enfouie dans l’ombre, il y a une gueule pleine de braise qui s’ouvre et se ferme brusquement et d’où sort par instants avec d’affreux hoquets une langue de flamme.
Ce sont les usines qui s’allument.
Quand on a passé le lieu appelé la Petite-Flemalle, la chose devient inexprimable et vraiment magnifique. Toute la vallée semble trouée de cratères en éruption. Quelques-uns dégorgent derrière les taillis des tourbillons de vapeur écarlate étoilée d’étincelles ; d’autres dessinent lugubrement sur un fond rouge la noire silhouette des villages ; ailleurs les flammes apparaissent à travers les crevasses d’un groupe d’édifices. On croirait qu’une armée ennemie vient de traverser le pays, et que vingt bourgs mis à sac vous offrent à la fois dans cette nuit ténébreuse tous les aspects et toutes les phases de l’incendie, ceux-là embrasés, ceux-ci fumants, les autres flamboyants.
Ce spectacle de guerre est donné par la paix ; cette copie effroyable de la dévastation est faite par l’industrie. Vous avez tout simplement là sous les yeux les hauts fourneaux de M Cockerill.
Un bruit farouche et violent sort de ce chaos de travailleurs. J’ai eu la curiosité de mettre pied à terre et de m’approcher d’un de ces antres. Là, j’ai admiré véritablement l’industrie. C’est un beau et prodigieux spectacle, qui, la nuit, semble emprunter à la tristesse solennelle de l’heure quelque chose de surnaturel. Les roues, les scies, les chaudières, les laminoirs, les cylindres, les balanciers, tous ces monstres de cuivre, de tôle et d’airain que nous nommons des machines et que la vapeur fait vivre d’une vie effrayante et terrible, mugissent, sifflent, grincent, râlent, reniflent, aboient, glapissent, déchirent le bronze, tordent le fer, mâchent le granit, et, par moments, au milieu des ouvriers noirs et enfumés qui les harcèlent, hurlent avec douleur dans l’atmosphère ardente de l’usine, comme des hydres et des dragons tourmentés par des démons dans un enfer. »

Le Rhin, lettres à un ami, Lettre VII, Victor Hugo

 

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