La fête de la Cour-du-coucou à Polleur

20 septembre 2012

C’est à Polleur que, le dimanche après le 15 août, se célébrait la fameuse fête de la Cour-du-coucou qui attirait un concours prodigieux de monde.

Les justiciers s’assemblaient chez leur président ouchefmarguillier, dans le principal cabaret de l’endroit, dont la maison était près du pont qui sépare la commune de Polleur de celle du Sart. C’était sur ce pont que le tribunal marotique tenait ses séances, où devaient comparoir les maris trompés, battus par leurs femmes ou trop débonnaires, et tous ceux qui étaient entachés d’un ridicule quelconque. Là s’établissaient les plaidoyers les plus burlesques; les étrangers eux-mêmes qui y assistaient comme simples auditeurs étaient interpellés par des demandes ou des apostrophes souvent obscènes qui provoquaient le rire de la multitude. Les prétendus délinquants étaient condamnés à payer une amende dont le cabaret profitait, ou parfois à monter dans une charette que Ton faisait marcher à reculons, jusqu’au bord d’une mare à fumier dans laquelle ils étaient versés. Enfin, pour terminer dignement la fête, on jetait dans le ruisseau le dernier marié du village.

A cette cérémonie présidait l’image de la Bête de Staneux; c’est un tableau peint sur toile, représentant une sorte de Centaure, moitié femme et moitié cheval, avec une queue de lion. La tête est ornée de longs cheveux : le haut de la poitrine présente la conformation d’une personne du sexe bien développée, ayant des bras et des mains. De la gauche elle tient un arc, et de la droite une flèche. Ce tableau était exposé à la vue des curieux dans un cabaret de l’endroit; il n’a cessé de figurer en public qu’en 1789, lorsque la fête de la Cour-dû-coucou a été supprimée. De temps immémorial, il était soigneusement conservé dans l’église paroissiale; c’est seulement depuis 60 ans que le curé l’en a fait sortir, de même qu’une statue en bois, grossièrement taillée, qui occupait une place dans le parvis de l’église; cette dernière a été mise au feu *.

Quelle était cette bête de Staneux dont l’origine est inconnue et qui peut-être remonte au temps des druides? Selon l’opinion la plus accréditée, qui est aussi celle du savant archéologue, M. Dethier, on avait voulu représenter sous cette forme la déesse des Ardennes. Quoi qu’il en soit, les habitants de Polleur prétendent que la cérémonie de la fête de la Cour-du-coucou, à laquelle figurait le tableau du Centaure, se pratiquait en commémoration de la victoire que leurs ancêtres avaient remportée sur un monstre qui séjournait jadis dans la forêt de Staneux et qui désolait toute la contrée: victoire qui leur avait donné des droits dans la forêt voisine.

Promenades historiques dans le pays de Liége, Volume 2, Jean Pierre Paul Bovy, Liège, 1839