Posts Tagged ‘littérature’

Église à vendre à Liège

11 décembre 2007

« Au bout de quelques heures, j’étais lestement arrivé à Liége, dont l’entrée est charmante de ce côté : c’est un mélange d’eaux, d’arbres et de maisons tout à fait agréable ; ma vigilante (c’est le nom des Fiacres du pays) n’allait pas tellement vite que je n’eusse le temps d’inspecter les enseignes et les écriteaux, comme si je possédais l’emploi demandé par Caritidès, dans les Fâcheux ; sur un vieux monument tout noir, je lus cette inscription :
Église à vendre pour démolir, ou autre chose.»

Caprices et zigzags, Théophile Gauthier, 2è ed, 1856


En Avroy, une autre église rachetée
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Liège au 19ème siècle

Liège par Vera Feyder

25 août 2007

« Fluviale et épiscopale, la ville basse a toujours offert à la haute l’éventail bleuté de son panorama mosan que les brumes et fumées n’ont jamais réussi à noyer sans qu’émergent, par tous les temps, les flèches, les tours, les clochers de ce qui fit de Liège, à l’orée du premier millénaire, un des hauts lieux du clergé européen.

Que les siècles et leur marche sanglante en aient rayé beaucoup de la carte n’empêche pas leurs restes, ce qui fut rebâti d’un saccage à l’autre sur leurs ruines incendiées, d’en dire long encore sur la vocation exclusivement cléricale – et conjointement marchande – de la ville telle que saint Lambert la fonda au VIIè siècle, et telle que surtout l’évêque Notger – père noble et pacifique – l’établit en 980 dans sa toute-puissante souveraineté.

Dix siècles plus tard, la ville toujours reconnaissante le fêta pratiquement à tous les coins de rue, avant que bon nombre d’entre eux ne disparaissent dans la grande dépression urbaine qui, en retournant Liège de fond en comble, allait furieusement la défigurer, au point de la rendre méconnaissable.

Ainsi se réalisa cette prophétie « bombée » sur les murs de la ville en l’an de disgrâce 1980: « Millénaire de la misère marchande » qui, pour expéditive qu’elle fût, faisait assez justement le point sur la situation physique, économique et sociale d’une ville travaillant incompréhensiblement à sa perte. »

Liège, Vera Feyder, coll. « des villes », aux éditions Champ Vallon, 128 pages.
http://www.champ-vallon.com/Pagescollections/Desvilles.html


Liège dans la littérature
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Liège au 20 eme siècle

Victor Hugo et l’industrie Liégeoise

23 août 2007

liege_consuitedeaux_fonderie_b.jpg« Cependant le soir vient, le vent tombe, les prés, les buissons et les arbres se taisent, on n’entend plus que le bruit de l’eau. L’intérieur des maisons s’éclaire vaguement ; les objets s’effacent comme dans une fumée ; les voyageurs bâillent à qui mieux mieux dans la voiture en disant : nous serons à Liège dans une heure. C’est dans ce moment-là que le paysage prend tout à coup un aspect extraordinaire. Là-bas, dans les futaies, au pied des collines brunes et velues de l’occident, deux rondes prunelles de feu éclatent et resplendissent comme des yeux de tigre. Ici, au bord de la route, voici un effrayant chandelier de quatre-vingts pieds de haut qui flambe dans le paysage et qui jette sur les rochers, les forêts et les ravins, des réverbérations sinistres. Plus loin, à l’entrée de cette vallée enfouie dans l’ombre, il y a une gueule pleine de braise qui s’ouvre et se ferme brusquement et d’où sort par instants avec d’affreux hoquets une langue de flamme.
Ce sont les usines qui s’allument.
Quand on a passé le lieu appelé la Petite-Flemalle, la chose devient inexprimable et vraiment magnifique. Toute la vallée semble trouée de cratères en éruption. Quelques-uns dégorgent derrière les taillis des tourbillons de vapeur écarlate étoilée d’étincelles ; d’autres dessinent lugubrement sur un fond rouge la noire silhouette des villages ; ailleurs les flammes apparaissent à travers les crevasses d’un groupe d’édifices. On croirait qu’une armée ennemie vient de traverser le pays, et que vingt bourgs mis à sac vous offrent à la fois dans cette nuit ténébreuse tous les aspects et toutes les phases de l’incendie, ceux-là embrasés, ceux-ci fumants, les autres flamboyants.
Ce spectacle de guerre est donné par la paix ; cette copie effroyable de la dévastation est faite par l’industrie. Vous avez tout simplement là sous les yeux les hauts fourneaux de M Cockerill.
Un bruit farouche et violent sort de ce chaos de travailleurs. J’ai eu la curiosité de mettre pied à terre et de m’approcher d’un de ces antres. Là, j’ai admiré véritablement l’industrie. C’est un beau et prodigieux spectacle, qui, la nuit, semble emprunter à la tristesse solennelle de l’heure quelque chose de surnaturel. Les roues, les scies, les chaudières, les laminoirs, les cylindres, les balanciers, tous ces monstres de cuivre, de tôle et d’airain que nous nommons des machines et que la vapeur fait vivre d’une vie effrayante et terrible, mugissent, sifflent, grincent, râlent, reniflent, aboient, glapissent, déchirent le bronze, tordent le fer, mâchent le granit, et, par moments, au milieu des ouvriers noirs et enfumés qui les harcèlent, hurlent avec douleur dans l’atmosphère ardente de l’usine, comme des hydres et des dragons tourmentés par des démons dans un enfer. »

Le Rhin, lettres à un ami, Lettre VII, Victor Hugo

 

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Le Prince Bonaparte demande un évangile de Matthieu en Wallon de Liège

15 février 2007

 » Montataire (Oise), 15 février 1860.
Monsieur et cher Confrère,
J’ai assisté récemment à Paris à des conférences de linguistique dans lesquelles il a été longuement question de la Société liégeoise de littérature wallonne. Le prince Louis-Lucien Bonaparte, cousin-germain de l’empereur , et M. Burgaud des Marets , éditeur et commentateur de Rabelais , tous deux linguistes très-distingués, ont écouté avec le plus grand intérêt ce que j’ai pu leur dire sur l’organisation et les travaux de votre intéressante et nationale Association.

Le prince, qui a fait une étude constante et toute particulière des patois de l’Europe, regarde le dialecte liégeois comme le premier ou du moins comme devant être mis en tète de tous les patois de la langue d’oïl ; à ce titre, comme tel, il voudrait publier un document de ce langage, se rapportant à une grande entreprise de linguistique qui l’occupe en ce moment.

Il fait donc imprimer, dans tous les idiômes vulgaires de l’Europe, l’Évangile de Saint Mathieu , non pas d’après des textes de langues mortes , mais bien d’après la version française de M. Lemaistre de Sacy, qu’il considère comme la plus claire et la moins sujette à la controverse. S. A. a besoin d’aide pour faire une telle publication en patois liégeois, qui est celui qu’elle a choisi parmi ceux des diverses provinces wallonnes de la Belgique et du Nord de la France.

Louis-Lucien Bonaparte

Louis-Lucien Bonaparte

Le prince m’a donc chargé, en ma qualité de membre correspondant de votre Société, de m’informer, si vous, Monsieur, ou tout autre membre de votre Association , ou même une Commission prise dans son sein , voudrait bien traduire en patois liégeois cet Evangile de St-Mathieu d’après Lemaistre de Sacy , aussi littéralement que possible, sans gêner toutefois le génie et les règles de l’idiôme vulgaire.

Il est entendu que le prince, tout en faisant les frais de la publication, mettra sur le titre le nom ou les noms des traducteurs. Le prince Louis-Lucien Bonaparte, qui ne s’occupe nullement de politique et reste entièrement livré à ses études scientifiques, est en ce moment à Londres où il attendra la réponse que vous voudrez bien me donner.

Agréez, etc.
A. DlNAUX,  »

Bulletin de la Société Liégeoise de Littérature Wallonne, 3è année, Liège, 1860

Lire aussi: Un évangile en Liégeois est envoyé au Prince Bonaparte


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