L’écuyer de Waroux enlève la vassale du sire d’Awans

17 novembre 2011

En 1297, Humbert Corbeau, seigneur d’Awans, avait une jeune vassale, non noble, mais riche, appelée Adoule. En sa qualité de seigneur, il avait le droit de la marier et déjà il la destinait à un sien cousin, Gérard Pélage.

Guillaume le jeune, seigneur de Waroux, avait pour écuyer un de ses jeunes parens nommé Hanneceau.

L’écuyer de Waroux enleva la vassale du sire d’Awans et l’épousa. Mariage du diable! s’écrie un chroniqueur, en pensant à tous les maux qui s’en suivirent.

Humbert réclame Adoule, Guillaume ne veut pas qu’elle soit rendue. Grande colère du sire d’Awans; il envoie défier le sire de Waroux. Chacun intéresse à la querelle les chevaliers de son lignage. A l’appel de deux champions aussi renommés, toute la noblesse hesbignonne est en rumeur. Les uns prennent parti d’un côté; les autres, de l’autre; un petit nombre se déclarent neutres; tous se fortifient, prévoyant bien que l’affaire ne se passerait pour personne en simples conversations.

Elle se compliqua même si bien, il y eut tant de rencontres sanglantes, de châteaux brulés, de Vaillans hommes occis, que l’émotion et la fureur gagnèrent tout le monde. Les bonnes Villes mêmes se mirent de la partie : Liége fut pour les Awantois, Huy pour les Warolsiens.

En 1325, la plupart des chefs qui avaient entrepris cette guerre étaient morts ou avaient été remplacés; les Awans avaient maintenant pour principal capitaine Guillaume de Waremme; les Waroùx, Henri H de Hermalle. (i) Celunci, étant tombé dans une embuscade, y avait été laissé pour mort. Relevé par ses gens et ranimé, il jure de porter un coup décisif, défie tout le parti contraire à une rencontre générale dans la plaine de Dommartin, (2) arrive avec 350 chevaliers. Les Awans en comptaient 270 (23 août 1325). Guillaume était « démesurément fort, et le plus puissant chevalier de corps , de membres et de grandesse de stature qui fut en ce payS; » le seigneur de Hermalle « petit, mais courageux outre mesure. » Son courage ne l’empêcha pas d’être renversé de cheval par son ennemi et d’avoir la tête brisée d’un coup de hache. Les Awans restèrent glorieusement maîtres du champ de bataille. Une vieille chanson conserve encore aujourd’hui le souvenir de leur victoire. (3)

Depuis lors, « les chevaliers des deux lignages se renfermèrent dans leurs châteaux et n’adressèrent plus aucun mandement général à leurs amis pour s’assembler et se battre à certains jours fixés. II n’y eut plus entre eux que des défis isolés et de simples escarmouches. Enfin, après trente-huit années de guerre, un arrangement fut conclu, le 15 mai 1333, dans l’abbaye de Saint-Laurent , près Liége. » (1)

Cette paix mémorable interdit à toujours et sous peine de bannissement ces guerres, où, pour une querelle privée, les parens d’un noble s’engageaient à le venger , le défendre ou le suivre. Le progrès des mœurs exigeait une réforme aussi profitable à la sécurité publique; ce fut le déclin de la chevalerie.

La Meuse belge: histoire, légendes, sites at monumens, industrie,
par le Dr Frender, Liège, 1858