La séquestration des lépreux de Liège

14 juin 2011

« Un prêtre revêtu d’un surplis et d’une étole allait avec la croix chez le lépreux , qui était préparé à la cérémonie de la séquestration. Le ministre sacré commençait par l’exhorter à souffrir patiemment, et en esprit de pénitence, la plaie incurable dont Dieu l’avait frappé. Il l’arrosait ensuite d’eau bénite, et le conduisait à l’église de Cornillon. Là, le lépreux quittait ses habits ordinaires et prenait un vêtement noir disposé exprès ; il se mettait à genoux devant l’autel entre deux tréteaux , et entendait la messe, après laquelle on l’arrosait encore d’eau bénite. Chemin faisant, on chantait les mêmes versets qu’aux funérailles ordinaires ; on chantait encore le Libéra, en conduisant le malade dans la chambre qu’il devait occuper. Alors, le prêtre lui faisait une nouvelle exhortation , le consolait et lui jetait une pellée de terre sur les pieds. Sa loge élait petite et avait, pour tous meubles, un lit complet, un vase à l’eau, un coffre, une table, une chaise, une lampe et les autres choses nécessaires. Le lépreux se reconnaissait à ses habits : on lui donnait un capuchon , deux chemises, une tunique et une robe appelée housse , un barillet, un entonnoir, des cliquettes, un couteau , une baguette et une ceinture de cuir.

« Avant de le quitter, le prêtre lui défendait de paraître jamais en public sans son habit de lépreux et les pieds nus, d’entrer dans les églises, dans les moulins , dans les lieux où on cuisait le pain ; de laver ses mains ou ce qui lui était nécessaire dans les fontaines et dans les rivières, de toucher à aucun objet autre que les siens. Il lui enjoignait de ne point répondre à ceux qui l’interrogeraient dans les chemins et les rues, s’il n’était sous le vent, pour qu’ils ne fussent point incommodés de son haleine et de l’odeur infecte qui s’exhalait de son corps; de faire jouer ses cliquettes pour que l’on s’éloignât de lui;… enfin, de n’admettre dans sa chambre personne d’autre que les hospitaliers. »

Les règlements de cette léproserie se relâchèrent prodigieusement par la suite : les religieux cessèrent d’y faire des vœux. Au 15e siècle, la lèpre commençant à s’éteindre, l’hospice devint le refuge exclusif des dartreux et des scrophuleux, abandonnés à leurs propres soins.

Promenades historiques dans le pays de Liége, Volume 1, Jean Pierre Paul Bovy


Liège au 12ème siècle
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