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Liège n’a encore rien fait pour l’archéologie

23 février 2008

« Liége n’a rien fait du tout. La ville de Liége, patrie de Notger, d’Hemricourt, de Grétry, de Lairesse, de René Sluse et tant d’autres, séjour des Arts, terre des Lettres, Athènes de la Belgique, la ville de Liége n’a rien fait du tout [dans le domaine de l’archéologie].

Mais il faut le dire ; la cité liégeoise a eu tant à faire, elle a tant fait ailleurs, qu’on peut bien lui pardonner quelque chose ici. Vous savez comme moi, mes lecteurs, tout ce qu’elle a fait. Elle a eu à tuer un parti puissant, à renverser un vieux ministère, à pousser ses hommes ferme et haut, à introduire la lumière non-seulement au sein du pouvoir, mais dans l’humide labyrinthe de ses vieilles rues, étroites et ténébreuses. Elle a eu encore à créer un jardin botanique, des serres superbes, un vaste et bel athénée, un musée de tableaux, des quais, des ponts, des aqueducs, une société libérale, un bourgmestre libéral et des pompiers libéraux. Elle a de plus à surveiller la restauration de l’immense palais de ses anciens princes, comme aussi l’érection d’une prison monumentale où personne, en vérité, n’aura trop de répugnance à entrer à un titre quelconque. Elle a même à changer son fleuve, à le rejeter bien loin, à le précipiter, fier et aventureux, dans des voies nouvelles, incertaines, inconnues. Liége aime assez l’inconnu. Aussi parfois commence-t-elle un peu sans savoir, pour avoir apparemment le plaisir de recommencer. Voilà certes beaucoup de grandes choses que je viens d’énumérer. C’est que Liége, en effet, comme la plupart des cités anciennes aspirant aux splendeurs de l’époque moderne, avait presque à se refaire des pieds à la tête. Eh bien! tout cela s’est fait, se fait ou se fera; et je dois le dire, tout cela ne se fait pas trop mal… à la cinquième ou à la sixième fois.

Le musée archéologique, communal ou provincial, ne se fera pas moins bien [..]
Mais j’en jure par le grand Saint-Lambert, patron de la cité, j’en jure par les doctes ombres de Méan, de Louvrex, de Bertholet, de Jean Varin et de Gilles d’Orval, Liége n’est pas femme à souffrir plus longtemps que le vœu d’un Institut Archéologique ait été formé dans son sein, et que ce soit précisément ce même sein qui demeure jusqu’à présent stérile. Non, non; cela ne peut durer. Liége fera tard, mais bien.  »


Annales de la Société archéologique de Namur, Société archéologique de Namur, 1849


Lire aussi: Création de l’institut archéologique
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