La guerre de la Vache dans le Condroz

17 janvier 2008

« Après la déposition de Henri de Gueldre, la crosse épiscopale fut remise à Jean d’Enghien, évéque de Tournai. C’est aux premières années du règne de ce prélat que se rapporte la fameuse guerre de la Vache de Ciney, dont voici l’origine.

Un paysan de Jallez, dans la province de Namur,
avait volé une vache à un habitant de Ciney, village du Condroz liégeois, et l’avait conduite à Andenne, où le duc de Brabant et les comtes de Namur et de Luxembourg célébraient des joutes et des tournois. Le bailli du Condroz s’y trouvait aussi, elle propriétaire de la vache y vint la réclamer. Le bailli, ayant promis la vie sauve au voleur, obtint de lui l’aveu de son crime, et l’engagea à reconduire la vache à l’endroit où il l’avait prise. Il eut ainsi l’adresse de le faire entrer dans le Condroz, où il le fit arrêter et mettre à mort.

Jean, sire de Gosnes,de qui dépendait le village de Jallez, se vengea de cet acte de perfidie en portant la dévastation dans les campagnes de Ciney. Le bailli, par représailles, incendia Jallez. Jean de Gosnes appela à son secours ses frères, les sires de Beaufort et de Fallais, qui se mirent à ravager le Condroz. Les gens de Huy ne tardèrent pas à se mêler de la querelle; ils vinrent, sous la conduite de leur bailli, brûler le château de Gosnes, et assiéger ceux de Beaufort et de Fallais. Le seigneur de ce dernier manoir, se voyant trop faible pour résister, en sortit pour aller réclamer le secours de ses alliés ; mais il fut enveloppé par ceux de Huy, et tué. Alors son fils se mit sous la protection du duc de Brabant, auquel il fit hommage de sa terre, tandis que ses deux frères se placèrent sous la suzeraineté du comte de Namur. Forcés par le duc de Brabant de lever le siège de Fallais, les Liégeois se répandirent dans le Brabant et dans le comté de Namur et de Luxembourg, où ils exercèrent les plus affreux ravages.

Chateau de Fallais, BraivesCette guerre prit un caractère d’acharnement incroyable. Déjà quinze mille hommes avaient péri, et un nombre prodigieux de villages et de châteaux avaient été réduits en cendres , quand les auteurs de cet incalculable désastre se décidèrent à y mettre un terme. Ils invoquèrent l’arbitrage du roi de France, Philippe le Hardi, qui venait d’épouser Marie, sœur du duc Jean de Brabant. Ce prince accommoda le différend, en décidant que les choses seraient remises dans l’état où elles étaient avant les hostilités ; que chacun aurait à supporter les pertes qu’il avait essuyées, et que l’hommage fait par le sire de Fallais au duc de Brabant, et par les seigneurs de Beaufort et de Gosnes au comte de Namur, serait regardé comme non avenu. Ces conditions furent acceptées, et ces seigneurs rentrèrent sous l’obéissance du prince-évêque de Liège.»

Belgique et Hollande, M. Van Hasselt , 1844

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