Le Prince Bonaparte demande un évangile de Matthieu en Wallon de Liège

15 février 2007

 » Montataire (Oise), 15 février 1860.
Monsieur et cher Confrère,
J’ai assisté récemment à Paris à des conférences de linguistique dans lesquelles il a été longuement question de la Société liégeoise de littérature wallonne. Le prince Louis-Lucien Bonaparte, cousin-germain de l’empereur , et M. Burgaud des Marets , éditeur et commentateur de Rabelais , tous deux linguistes très-distingués, ont écouté avec le plus grand intérêt ce que j’ai pu leur dire sur l’organisation et les travaux de votre intéressante et nationale Association.

Le prince, qui a fait une étude constante et toute particulière des patois de l’Europe, regarde le dialecte liégeois comme le premier ou du moins comme devant être mis en tète de tous les patois de la langue d’oïl ; à ce titre, comme tel, il voudrait publier un document de ce langage, se rapportant à une grande entreprise de linguistique qui l’occupe en ce moment.

Il fait donc imprimer, dans tous les idiômes vulgaires de l’Europe, l’Évangile de Saint Mathieu , non pas d’après des textes de langues mortes , mais bien d’après la version française de M. Lemaistre de Sacy, qu’il considère comme la plus claire et la moins sujette à la controverse. S. A. a besoin d’aide pour faire une telle publication en patois liégeois, qui est celui qu’elle a choisi parmi ceux des diverses provinces wallonnes de la Belgique et du Nord de la France.

Louis-Lucien Bonaparte

Louis-Lucien Bonaparte

Le prince m’a donc chargé, en ma qualité de membre correspondant de votre Société, de m’informer, si vous, Monsieur, ou tout autre membre de votre Association , ou même une Commission prise dans son sein , voudrait bien traduire en patois liégeois cet Evangile de St-Mathieu d’après Lemaistre de Sacy , aussi littéralement que possible, sans gêner toutefois le génie et les règles de l’idiôme vulgaire.

Il est entendu que le prince, tout en faisant les frais de la publication, mettra sur le titre le nom ou les noms des traducteurs. Le prince Louis-Lucien Bonaparte, qui ne s’occupe nullement de politique et reste entièrement livré à ses études scientifiques, est en ce moment à Londres où il attendra la réponse que vous voudrez bien me donner.

Agréez, etc.
A. DlNAUX,  »

Bulletin de la Société Liégeoise de Littérature Wallonne, 3è année, Liège, 1860

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