Le chemin de fer en construction entre Chaudfontaine et Verviers, V. Hugo

4 août 1839

« Le chemin de fer qui traverse toute la Belgique d’Anvers à Liége et qui vent aller jusqu’à Verviers , va trouer ces collines et couper ces vallées. Ce chemin, colossale entreprise, percera la montagne douze ou quinze fois. A chaque pas on rencontre des terrassements, des remblais, des ébauches de ponts et de viaducs ; ou bien on voit au bas d’une immense paroi de roche vive une petite fourmilière noire occupée à creuser un pelit trou. Ces fourmis font une œuvre de géants.

Par instants, dans les endroits où ces trous sont déjà larges et profonds, une haleine épaisse et un bruit rauque en sortent tout à coup. On dirait que la montagne violée crie par cette bouche ouverte. C’est la mine qui joue dans la galerie. Puis la diligence s’arrête brusquement, les ouvriers qui piochaient sur un terrassement voisin s’enfuient dans toutes les directions, un tonnerre éclate, répété par l’écho grossissant de la colline, des quartiers de roche jaillissent d’un coin du paysage et vont éclabousser la plaine de toutes parts. C’est la mine qui joue à ciel ouvert. Pendant cette station les voyageurs se
racontent qu’hier un homme a été tué et un arbre coupé en deux par un de ces blocs qui pesait vingt mille, et qu’avant- hier une femme d’ouvrier qui portait le café (non la soupe) à son mari a été foudroyée de la même façon. »

Le Rhin, lettres à un ami, Lettre VII, Victor Hugo, Paris, 1845


Autres visiteurs illustres à Liège
Transport et mobilité à Liège
Liège au 19ème siècle
Liège et les écrivains

Publicités