L’arrivée à Liège d’Alexandre Dumas (1838)

17 août 1838

« Le lendemain, nous nous confiâmes de nouveau, non pas à un cocher ivre et à deux chevaux bien repus, mais à un mécanicien, à deux rails et à une trentaine de sacs de charbon, moyennant lesquels nous fimes les dix-huit lieues qui séparent Liège de Bruxelles en quatre ou cinq heures. Quand je dis les dix-huit lieues, je me trompe ; nous n’en fîmes guère que dix-sept, attendu que le chemin de fer s’arrête à je ne sais combien de myriamètres de Liège. Là, nous tombâmes au milieu d’une armée d’omnibus, dont les cochers se précipitèrent sur nous. Après avoir été une dizaine de minutes tiraillé en tous sens, je restai la propriété de l’un d’eux qui m’enfourna dans sa machine ; je criais comme un dératé après mes malles, mes paquets et mes livres, et je voulais sauter à toute force à bas du fourgon : malheureusement j’étais juste le quatorzième, de sorte que sans s’inquiéter aucunement de mes réclamations, l’homme au marchepied ferma la porte, poussa un ressort, cria au cocher : Complet! et nous partîmes au galop pour la patrie de Malherbe, de Régnier et de Grétry. Après avoir roulé ainsi trois quarts d’heure à peu près, pendant la dernière partie desquels il s’était arrêté pour donner la liberté à quatre ou cinq de mes compagnons, l’omnibus fit une nouvelle pause, l’homme du marchepied rouvrit la portière, et s’adressant à moi :

– C’est ici votre hôtel, me dit-il.
— Ah ! Et comment s’appelle mon hôtel ?
— L’hôtel d’Albion.
— Et mes paquets?
— Ils viendront dans un instant.
— Mais comment les reconnaîtra-t-on?
— Vos noms sont dessus ?
— Oui.
— Eh bien ! soyez tranquille.
Je descendis de l’omnibus qui repartit au galop, et je me trouvai, la canne à la main, devant l’hôtel d’Albion. »

Impressions de voyage, alexandre Dumas, 1851



La suite dans le billet « Dumas à l’Hotel d’Albion »

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